L'armée a été chargée d'assurer la sécurité avec la police
Le président Hosni Moubarak a décrété le couvre-feu en Égypte, alors que le pays est en proie aux violences au quatrième jour de manifestations contre le pouvoir. © Khaled Desouki / AFP.
Hosni Moubarak, dont les manifestants réclament le départ après trois décennies au pouvoir, a demandé à l'armée, épine dorsale de son régime, de faire respecter la sécurité avec la police qui a semblé débordée par la mobilisation populaire sans précédent, ayant fait huit morts - deux policiers et six manifestants - depuis mardi. Des sources médicales ont évoqué dans la soirée cinq morts supplémentaires et 870 blessés au Caire. Le couvre-feu a été décrété au Caire, à Alexandrie et à Suez entre 17 heures et 6 heures, et ce, jusqu'à nouvel ordre. En début de soirée au Caire, les manifestants ont mis le feu au siège du Parti national démocrate (PND), au pouvoir. Plus tôt dans la journée, ils avaient incendié deux commissariats de la capitale.
"Vendredi de la colère"
Dans la matinée, dès la fin des prières musulmanes, des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour ce "vendredi de la colère", à l'appel du Mouvement du 6 avril, un groupe de jeunes en faveur de la démocratie qui s'est inspiré de la "révolution du Jasmin" ayant chassé le président Zine el-Abidine Ben Ali de Tunisie. Aux cris d'"À bas Hosni Moubarak !" et "Le peuple veut la chute du régime", les manifestations se sont étendues à tout Le Caire, une métropole de 20 millions d'habitants, et ont gagné les principales villes du pays, selon des journalistes de l'AFP sur place. Les policiers ont eu recours à des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc et à des canons à eau pour disperser les manifestants.
L'opposant le plus en vue, Mohamed El Baradei, l'ex-chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), qui s'est dit prêt à mener une transition au pouvoir après un éventuel départ d'Hosni. Moubarak, et les Frères musulmans (opposition) ont participé aux manifestations. "Liberté ! liberté ! liberté !" ont scandé les manifestants sous les regards ahuris de policiers déployés avec boucliers et casques à visière, près de la célèbre mosquée al-Azhar au Caire.
Le gouvernorat d'Alexandrie incendié
À Suez, un homme a été tué d'une balle lors d'accrochages avec la police. À Alexandrie (nord), deuxième ville d'Égypte, la police a tiré des gaz lacrymogènes et des balles caoutchoutées pour disperser des milliers de manifestants qui ont incendié le siège du gouvernorat. À Mansoura, dans le delta du Nil, certains imams ont appelé à "sortir et à demander le changement". Des affiches du parti au pouvoir ont été arrachées et des bâtiments officiels attaqués et endommagés.
Hosni Moubarak, 82 ans, qui s'est appuyé pendant près de 30 ans sur un redoutable appareil policier et un système dominé par un parti qui lui est entièrement dévoué, s'est illustré par son silence depuis le début de la contestation, et a fait connaître sa décision d'instaurer le couvre-feu par la télévision d'État.
"Préoccupation" à l'étranger
À l'étranger, la Maison-Blanche s'est dite "très préoccupée" par les événements en Égypte, une alliée de Washington, et a appelé Le Caire à respecter les droits des Égyptiens. La chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton l'a invité à "faire tout ce qui est en son pouvoir pour réfréner les forces de l'ordre" et a réclamé des réformes "immédiates". Londres a estimé que les manifestants avaient des "raisons de mécontentement légitimes", alors que l'Allemagne appelait le président Moubarak à autoriser les "manifestations pacifiques. La France, qui s'est dite préoccupée par la situation dans le pays, "déplore les victimes et appelle à la retenue". Paris a également appelé ses ressortissants à limiter leurs déplacements.
Hillary Clinton a, en outre, appelé le gouvernement égyptien à mettre fin au blocage "sans précédent" des communications dans le pays. L'Internet et les services de téléphonie mobile, qui ont joué un rôle-clé dans la mobilisation populaire, étaient en effet coupés dans le pays. Une première par son ampleur pour l'Internet, selon des experts.
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